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C’était il y a tout juste dix ans. Le président Joseph Kabila finissait doucement son premier mandat de président. Etienne Tshisekedi était toujours opposant. Les Chinois venaient à peine de débarquer en République Démocratique du Congo et les routes du pays étaient toujours un bourbier. Papa Wemba chantait Ye te oh. La MONUSCO s’appelait encore MONUC, pour quelques jours. Enfin, ni l’épidémie d’Ebola ni le M23 n’avaient ravagé le Nord Kivu.

Papa Wemba chantait Ye te oh

Le pays célébrait le cinquantenaire de l’indépendance. Son indépendance. Dans la chaleur kinoise et sur un goudron tout neuf, les troupes des FARDC, de la PIR, la garde présidentielle et les fanfaristes de tout poils faisaient le pied de grue avant de défiler devant les autorités. Les hauts dignitaires de toute la sous-région étaient rassemblés sur les chaises en plastique disposées sur une estrade bordant le tapis rouge immaculé, en attente de ces retrouvailles historiques.

Arrival of Albert II, King of the Belgians, at Ndjili airport. Joseph Kabila, President of DR Congo, is expecting him.

Un autre invité de marque, le roi des Belges, Albert II (frère de Baudouin 1er), avait foulé le tarmac de l’aéroport de Njili quelques heures plus tôt. Sur le parcours officiel, le long de la route et des façades remises à neuf, la population kinoise s’était massée pour assister à cette visite « historique ». Malgré la faim, malgré le chômage, malgré le quotidien, ils l’ont regardé venir. Puis repartir.

Le trente juin du trente juin

Dix ans plus tard, la République Démocratique du Congo s’apprête à commémorer à nouveau ce fameux 30 juin 1960. Celui qui vit une jeune nation arracher son indépendance aux colons belges, et mettre fin à 75 années d’humiliation. À quelques mois des célébrations refleurissent les discours de Lumumba, les paroles de l’OK Jazz, les souvenirs d’un passé glorieux et fier.

Pourra-t-on mesurer la température du pays le 30 juin ? Alors que le continent se prépare à de nouveaux rendez-vous avec son destin, ce moment charnière dans l’histoire de l’un des plus grands pays d’Afrique peut-il faire office de baromètres de la lassitude des congolais vis-à-vis du temps présent ? Ou de leurs élites ? Après 60 ans bien chargés de guerres, d’épidémies, de pillages en règle, de « cinq chantiers », de sautes moutons, elle pourrait sembler légitime. Et de cette décennie écoulée, il serait bien imprudent d’affirmer qu’elle a été à la hauteur des attentes des congolais. Alors qu’une invitation officielle vient d’être adresser au roi des Belges aux festivités du désormais « soixantenaire » de l’indépendance, il règne sur le boulevard du 30 juin comme un sentiment de déjà vu.

Parade on the 30th of June, from the press tribune.