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On dit que « pour connaître une ville, il faut savoir s’y perdre ». Stone Town, la « ville de Pierre » située au cœur de Zanzibar City, a sans doute été construite pour donner raison à ce proverbe.
Dans le labyrinthe de ses ruelles, on découvre un monde caché qui vibre sur une douce fréquence multiculturelle. Un plongeon initiatique en terre swahilie aux légendes épicées.


Stone Town
Comme tout petit garçon, je rêvais de devenir astronaute ou encore explorateur. M’éloigner de la Terre et la contempler dans son entièreté. C’est à l’âge de 7 ans que j’ai affronté mon premier labyrinthe. J’eus le sentiment de vivre la plus grande aventure de ma vie, d’accomplir enfin ma destinée d’explorateur.

« Le monde est très grand et plein de contrées magnifiques que la vie de mille hommes ne suffirait pas à visiter – Déguerpir – Trouver mieux un peu plus loin – Je suis appelé à Zanzibar. »
C’est en lisant ces quelques lignes extraites de la Correspondance d’Arthur Rimbaud, que je décide d’aller plonger dans les secrets de cet archipel de l’océan indien.Stone Town

« Zanj el Barr », littéralement « le littoral des hommes noirs », cœur de la civilisation swahilie, est le fruit de multiples influences qui se sont succédées et mélangées au fil des siècles. Même si les splendeurs de la puissance passée sont un vieux souvenir, Zanzibar s’est toujours située au croisement des civilisations, attirant les voyageurs, les marchands, les navigateurs ou les explorateurs des quatre coins du monde.
Aujourd’hui, Stone Town est sûrement la partie de l’île qui attire et fascine le plus : une architecture inédite, des marchés colorés et odorants, des ruelles étroites parsemées de surprises et une population métissée et accueillante.

C’est par une lourde journée d’été que je commence l’exploration de cette ville légendaire : l’air épais semble être comme comprimé entre les murs de pierres. Les odeurs de cannelle et de clou girofle, émanant des étals d’épices, apportent une note de légèreté à cette atmosphère dense. En se promenant dans ces artères, on est comme enveloppé d’un murmure étouffé et mélancolique. Je pourrais fermer les yeux et me croire sur l’île de mon enfance, l’Ile de la Réunion. Mais le visuel est bien différent, si atypique, si tortueux, si saisissant.
A chaque intersection, je ressens à nouveau ce mélange d’émotion vécu il y a bien des années, dans ce labyrinthe. « Laisse ton intuition te guider. Elle est ta meilleure alliée et te mènera là où tu dois aller ! » me dis-je.

Je prends la première ruelle à gauche. Je me retrouve sur une magnifique petite place, des guirlandes indiennes colorées attachées aux balcons en guise de décoration.
« Jaws corner » est un endroit unique de Stone Town, où les hommes se rassemblent tôt le matin pour discuter, autour d’un café noir.
Je m’assois sur un « baraza », ces bancs de pierre à l’ombre des bâtiments, et discute avec mon voisin. En sirotant mon café dans une petite tasse communale qui se passe de main en main, je remarque que, en face de moi, quelques hommes écrivent sur un tableau à craie.
“Quelqu’un dans la communauté est décédé ce matin, nous irons à ses funérailles”, m’informe-t-il.

Après quelques minutes passées à discuter, je salue mon nouvel ami et reprend ma destinée éphémère. Je glisse dans la seconde ruelle à droite. Au loin, une clameur s’élève. Je suis aux portes du Darajani Bazaar, le plus grand marché couvert de Stone Town. Je rejoins l’attroupement et m’infiltre tant bien que mal dans la foule.
Je perçois une grande agitation : un requin tigre de plus de 300Kg fraichement capturé. Un mélange d’admiration et de tristesse me saisit. J’ai souvent rêver de pouvoir rencontrer ce dieu des mers, je n’avais pas imaginé ces conditions-là. La pluie s’abat soudainement sur moi et je me précipite dans la première ruelle couverte qui s’offre à moi.

Le déluge cesse rapidement, les rayons de soleil percent à travers les tôles rouillées. L’allée débouche directement sur le marché de « Forodhani Gardens ».
Les vendeurs qui s’agitent préparent les spécialités locales : brochettes de fruits de mer grillés, soupe de poisson ou encore la célèbre pizza de Zanzibar sont au menu.
Je me laisse tenter par une de ces appétissantes brochettes. « Si vous voulez du poisson fraichement pêché, allez au port de Malindi market demain au lever du soleil » me confie le vendeur, à la toque de chef étoilé.

Je plonge à nouveau dans le dédale de ruelles, quelques ampoules connectées à des fils dénudés me servent de chemin lumineux. La pénombre laisse peu à peu place à la lueur du crépuscule. L’appel à la prière du Muezzin en fond sonore, la ville commence doucement à s’animer. Soudain, des hommes à vélo me frôlent, convergeant tous dans la même direction.
J’ai aiguisé mon intuition depuis le début de la journée et appris à suivre les signes de la vie. Je leur emboite le pas. La file de vélos ressemble à un afflux sanguin sortant de l’artère principale du cœur de la ville. En les suivant, intrigué et fatigué, je ne me rends pas compte que je m’éloigne aussi de ce labyrinthe qu’est Stone Town.


Soudain l’océan m’apparait. La délicate lumière du soleil levant inonde le petit port en contrebas. Malindi, te voici ! Je m’assois et contemple : une dizaine de bateaux de pêche reviennent de leur excursion nocturne, soigneusement suivis par des mouettes braillardes. Ils sont attendus par une foule excitée, dans laquelle je reconnais quelques visages. Certains se jettent à l’eau pour aborder les embarcations en premier et accéder à leur précieuse cargaison. Des chanceux reviennent déjà sur terre, les paniers remplis de poulpe et de poissons à fritures, sous l’œil envieux de nouveaux venus.

J’ai l’impression de connaitre cet endroit, d’être connecté à son histoire. Je ne ressens plus aucune fatigue et m’enivre de ce moment d’une authenticité profonde. Une douce plénitude m’envahit alors. Mon intuition, ma meilleure alliée : Je suis, là où je dois être.

« L’homme est à la fois le labyrinthe et le promeneur qui s’y perd. »
Grégoire Lacroix.

CARNET DE ROUTE

Y aller
A partir de Johannesburg, il n’existe pas de vol direct.
Ethiopian Airlines et Kenya Airways sont les deux plus importantes compagnies qui desservent Zanzibar (une escale). Comptez R7000 en moyenne pour un vol A/R et n’oubliez pas qu’il vous faudra payer le visa (50$) en espèces, à l’arrivée à l’aéroport.

Dormir
Le Tembo House Hotel est situé au cœur de la vieille ville, face à l’océan. Cet hôtel de style swahili au charme zanzibarite offre un hébergement confortable. Le restaurant offre lui une cuisine de qualité à base de poissons et fruits de mer et sa terrasse face à la mer est très agréable (piscine). Comptez environ 1900R pour une nuit en chambre double.

Sortir
Le restaurant House of Spices se trouve dans le quartier de Kiponda, au 2ème étage, sur une grande terrasse au plafond drapé de tissu doré. Charme et détente sont au rendez-vous et font de la House of Spices, le lieu idéal pour une pause pendant une visite de Stone Town.
Malgré des tarifs relativement élevés vous en aurez pour votre argent avec un large choix de plats traditionnels parfaitement préparés et un service de qualité.

Découvrir
Le marché de nuit de Forodhani est l’une des attractions majeures de Stone Town. C’est un peu la version swahilie de la célèbre place de Jemaa El Fna à Marrakech. Tous les locaux s’y retrouvent en début de soirée. Le seul fait de manger ici est une expérience digne d’être vécue.
Les jardins sont situés en bord de mer, près de la House of Wonders à Stone Town.