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A  TRAVERS  UNE  SÉRIE  DE  PORTRAITS  RÉALISÉE  POUR  L’UNICEF,  LE PHOTOGRAPHE  GWENN  DUBOURTHOU-MIEU DONNE LA PAROLE AUX ENFANTS CONGOLAIS ET LEUR PERMET DE RÉALISER, LE TEMPS D’UNE PHOTO, LEUR RÊVE.

Gilbert,11 ans, Kalémie, capitale de la province du Tanganyika. Depuis qu’il a 8 ans et qu’il a constaté, qu’en raison du manque de médecins à l’hôpital de Kalémie, « les gens souffraient et mourraient, surtout les enfants », il souhaite devenir pédiatre

Depuis plus de deux décennies, la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à de multiples conflits aux conséquences humanitaires graves. Le pays comptabilise 3,8 millions de personnes déplacées, le plus grand nombre pour un seul pays de toute l’Afrique, et on estime que 8,5 millions de personnes ont un besoin urgent d’aide humanitaire, dont 5,1 millions d’enfants. Deux millions d’entre eux souffrent de malnutrition, et 7 millions ne sont pas scolarisés.

Dans un tel environnement, je me suis légitimement poser la question de leur avenir : quels sont leurs projets, leurs aspirations ? Et d’ailleurs, ont-ils toujours des rêves ? Les enfants sont le futur d’une nation, et dans un pays aussi agité que la RDC, ils représentent l’espoir.

Lajoie, 17 ans, Goma. Il rêve de devenir un menuisier professionnel de renom, et « se distinguer par la qualité de son travail » pour prouver « qu’on peut réussir malgré les terribles épreuves que moi et d’autres jeunes comme moi ont traversées »

La joie, 17 ans, Goma. Il rêve de devenir un menuisier professionnel de renom, et « se distinguer par la qualité de son travail » pour prouver « qu’on peut réussir malgré les terribles épreuves que moi et d’autres jeunes comme moi ont traversées »

Je photographie  régulièrement en RDC depuis 2010, réalisant notamment des reportages sur les activités de l’UNICEF et le quotidien des enfants au Congo. Par définition, lors de ces reportages, je m’intéresse au moment présent. À l’heure où les pays du monde entier ont adopté les objectifs de développement durable, dans le but d’éliminer l’extrême pauvreté et la faim, d’apporter une éducation de qualité à tous, de protéger la planète et de promouvoir l’existence de sociétés pacifiques et ouvertes à l’horizon 2030, j’ai souhaité photographier non pas le quotidien des enfants du Congo, mais une représentation de leur avenir. À l’horizon 2030, la majorité des enfants photographiés aujourd’hui seront devenus adultes : que seront-ils devenus ? Mais surtout, que souhaitent-ils devenir ?

Fortuna, 11 ans, Kalémie, la capitale de la province du Tanganyika. Elle rêve depuis de devenir journaliste et « être engagée dans une radio de renommée provinciale ou nationale afin de fournir des informations claires et compréhensible »

Fortuna, 11 ans, Kalémie, la capitale de la province du Tanganyika. Elle rêve depuis de devenir journaliste et « être engagée dans une radio de renommée provinciale ou nationale afin de fournir des informations claires et compréhensible »

Pour réaliser cette modeste représentation de la prochaine génération de congolais, je me suis rendu dans 8 des 26 provinces du pays, et j’ai posé cette question à une cinquantaine d’enfants d’âge, de sexe et de conditions variées. Beaucoup  d’enfants du Congo ont, semble-t-il, des rêves pragmatiques : comme partout, beaucoup d’entre eux souhaitent devenir médecins, avocats – symboles universels de réussite professionnelle – ou professeurs. Moins nombreux sont ceux qui ont des rêves plus étonnant, comme Percide qui rêve de devenir astronaute afin « d’améliorer la communication entre les gens qui vont sur la lune et ceux qui sont restés sur terre » ! Pour mettre en scène les rêves des enfants, il m’a fallu beaucoup de système D. Pour  Percide, par exemple, l’idée première était de réaliser la photographie avec pour décors de grandes antennes de télécommunication que j’avais repéré à la sortie de Kinshasa, vers  Nsele. N’ayant pu obtenir d’autorisation, la photographie a été réalisée à la sortie du  bureau de l’UNICEF, sur un chantier, en utilisant comme décors un tas de gravas de couleur rougeâtre évoquant la planète Mars. Pour son costume, j’ai utiliser mon casque de moto (que j’avais, par chance, amené avec moi au Congo) dans lequel j’ai glissé deux tuyaux de PVC, et un drapeau emprunté sur un bureau !