« J’ai habillé Nelson Mandela sans le connaitre… »
Il est un homme modeste, chaleureux. Sollicité par la styliste Maria Grazia Chuiri pour créer la pièce phare du dernier défilé de la Maison Dior en hommage à Nelson Mandela. Hamaji Magazine a rencontré l’homme qui a habillé les plus grands chefs d’État d’Afrique de son passage à Lubumbashi en RDC au mois de juin à l’occasion de sa participation au défilé « Habille-toi, habille-moi » organisé par Le Complexe la page.
De son vrai nom Pathé Ouédraogo, le créateur a confectionné des chemises pour plusieurs personnalités africaines, dont la plus illustre est feu Nelson Mandela. Pathe’O est une icône de la mode africaine, un modèle de combativité. Le styliste a accordé une interview exclusive à Hamaji Magazine.

HAMAJI MAGAZINE : Vous êtes connu du monde de la mode. Votre travail a marqué l’évolution du stylisme en Afrique, particulièrement la mise en valeur du pagne. Quelle est votre histoire ?

Pathé O : C’est peu un long, mais je vais essayer de me résumer ! En effet, la mode contemporaine, c’est un peu nouveau pour les Africains. Beaucoup veulent simplement ressembler à quelqu’un d’autre, avoir le même look que le Milanais, le Parisien, le New-Yorkais… Mais il y a des créateurs africains qui battent pour faire comprendre aux Africains que l’Afrique a aussi sa mode et son identité. J’ai commencé de 1969, je suis burkinabé d’origine d’adoption ivoirienne, donc je suis un africain »

HAMAJI MAGAZINE : La styliste Maria Grazia Chuiri directrice artistique de Dior a présenté à Marrakech une collection puissante conçue comme un dialogue avec des artistes comme vous-même. Comment voyez-vous le travail des couturiers en Afrique comme moteur d’inspiration pour la mode en général et pour les grands couturiers en particulier ?

Pathé O : Il vaut mieux tard que jamais. Nous avons tant de talents en Afrique, nous avons des matières non exploitées, mais tout cela reste encore au niveau local, raison pour laquelle la mode est aperçue comme venant de l’occident. Mais revenons sur le cas de la styliste Maria qui est la directrice artistique de la marque Dior, c’est vrai qu’elle est venue à Abidjan pour préparer la collection de 2020 qui devait être entièrement dédiée au pagne pour exploiter des collections qui viennent de Côte d’Ivoire. Elle a été impressionnée par le tissu moucheté que nous avons créé. Lorsqu’elle a vu la photo de moi le président Mandela, elle a commencé à imaginer les choses. Elle m’a approché pour une collaboration, j’étais open bien sûr, surtout pour rendre hommage à Nelson Mandela en confectionnant les chemises bleues signées by Pathé O, un vrai mélange entre le moucheté et un tissu bleu.

HAMAJI MAGAZINE : Vous êtes également connu comme le couturier de Nelson Mandela ou encore Mickalene Thomas. Madiba adorait vos chemises. Avez-vous une jolie anecdote à nous confier ?

Pathé O : J’ai habillé le président Mandela sans le connaitre ! C’était grâce à Myriam Makeba que je connaissais bien et qui à l’époque vivait en exil, entre la Guinée et la Côte d’Ivoire. Lorsqu’il y a eu la paix en Afrique du Sud en 1993, elle me dit que le président Mandela aimait les chemises et elle prit environ quatre chemises pour les lui apporter. Vous vous rendez compte ? De mon village jusqu’Abidjan, je ne pouvais pas m’imaginer faire les chemises pour Mandela. Nelson Mandela a été exceptionnel, je suis arrivé dans sa villa il n’y avait personne, juste un agent du protocole blanc qui parlait anglais, langue que je ne maitrise pas. Il me dit « viens le président t’attend, je l’ai suivi, le président était déjà là, Oufff !! Le voir mon Dieu c’était plus qu’émouvant ! Il a frotté ma tête comme pour me dire « cette tête est petite, mais il y a beaucoup de choses ». Imaginez-vous un chef d’État qui reçoit un simple villageois et il portait ma chemise…
Après le président Mandela m’a envoyé une lettre, écrit de sa propre main et la fin de cette lettre voici ce qui était important : « L’Afrique de demain appartient aux créateurs de richesses ».

HAMAJI MAGAZINE : Quels sont vos prochains projets ?

Pathé O : Je suis en train de créer mon siège d’art à Abidjan avec tout ce qu’il faut !!! Et je vous y attends !

HAMAJI MAGAZINE : Pathé O, merci.