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Originaire de Kampala en Ouganda, Sarah Waiswa vit et travaille à Nairobi. Photographe, elle porte un regard curieux sur son environnement. A travers son travail, elle essaie souvent de juxtaposer la réalité avec la fiction pour la rendre encore plus complexe. Sarah Waiswa s’intéresse beaucoup à l’identité africaine, en particulier la “Nouvelle identité africaine” : sa manifestation dans le présent et ce à quoi elle ressemblera dans le futur.

Hamaji Magazine a rencontré la photographe lors de son séjour à Lubumbashi en RDC chez Picha. Elle nous parle de son travail photographique et de ses séries : Ballet in Kibera, et Still a Stranger qui seront bientôt présentées à Rome, en Italie.

Ballet à Kibera, 2017
On n’imaginerait pas que l’on puisse transposer un style de danse né lors de la renaissance en Italie avec un groupe d’enfants vivant en Afrique, à la marge de cet académisme. La danse est propre au continent et a joué un rôle essentiel dans la culture africaine. Au delà du cliché, plus qu’une simple forme de divertissement, elle communique des émotions et célèbre les rites de passage.

Les leçons de ballet étant extrêmement coûteuses, la danse est souvent associée au privilège, et le pouvoir qui accompagne ce dernier. « La critique de danse Jennifer Homans a dit que le ballet était au départ une activité qui concernait les hommes, le pouvoir et les personnes importantes, et qu’avec le ballet moderne, il s’agissait des femmes, des rêves et de l’imagination. J’ai voulu capturer l’état entre l’imagination et la réalité en l’absence de barrières sociales, brouillant les frontières entre le public et l’interprète. Tout en connectant le public aux danseurs dans l’espoir d’offrir une alternative au stéréotype monolithique de l’enfant africain pauvre du bidonville ».

Still a stranger – 2017
Still a Stranger est la suite de la série Stranger in a Familiar Land, où le spectateur a été invité dans la vie de Florence et dans la vie d’une personne vivant avec l’albinisme. La série a été créée en réponse aux atrocités vécues par des personnes atteintes d’albinisme dans certaines parties de l’Afrique. Le public l’a vue errer dans un état onirique à cause de l’isolement lié à son altérité, avec l’espoir qu’ils s’y connecteraient.

Dans Still a Stranger, le spectateur rencontre Michael, qui vit aussi avec l’albinisme. Les conversations avec Michael, encore adolescent, ont révélé un voyage dans la conscience de soi et la découverte.
Il y avait un désir d’explorer la relation entre le corps et l’espace qui relie la masculinité et la vulnérabilité et qui remet en question les idées normatives de l’hypermasculinité, tout en naviguant à travers l’altérité. Surtout dans le seul cas où la blancheur n’est pas un privilège mais plutôt un malheur.

Toujours dans un état de rêve, l’élément du cheval blanc symbolise la puissance dynamique, qui emporte Michael, sans tenir compte des limites et des difficultés. En même temps, le sens de la liberté est juxtaposé à l’incapacité de Michael de faire l’expérience de la vie librement, basée sur des structures sociales. Les deux sont liés à des circonstances hors de leur contrôle, le cheval à son maître et Michael à la marginalisation sociale basée sur l’albinisme.

Il y a un sentiment d’aliénation dans les images puisqu’elles sont vides de présence humaine à l’exception de Michael, mais la forte connexion entre l’animal et l’humain est symbolique des parallèles entre les deux mais aussi du déséquilibre de pouvoir qui se joue souvent dans les structures sociales.

La série Ballet in Kibera sera présentée au Maxxi National Museum of the 21st Century Arts à Rome, Italie, dans le cadre de l’exposition collective.
Africain Mētrópolis. Une ville imaginaire organisée par Simon Njami et Elena Motisi, du 22 juin au 28 octobre 2018.

Instagram : @lafrohemien
Site Web : sarahwaiswa.com