Hamaji Magazine ouvre une grande fenêtre sur la région du Kivu en République démocratique du Congo. Dans cette province magnifique comparée souvent à la Suisse se cultive l’esprit du goût. Un voyage au coeur des saveurs, made in Congo.

De nombreuses initiatives en faveur de l’agriculture de la part de petits producteurs locaux ou de la jeune diaspora opérant un retour au pays ont vu le jour. Elles se sont incarnées dans des fermes où le concept du BIO prend tout son sens. C’est également au Kivu que se récoltent les meilleurs cafés du continent. La République Démocratique du Congo a l’occasion de retrouver son prestige d’antan et sa position de producteur de café de premier plan.

Voyage dans le temps

L’histoire débute en 1928. Les premières tentatives de culture d’espèces différentes de l’Arabica sont réalisées avec les espèces spontanées d’Afrique occidentale et d’Afrique centrale. En 1881, le Coffee liberica, une espèce originaire du Liberia, y est diffusée puis introduite, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Congo belge. La culture du Coffee excelsa découvert en 1902 en Centrafrique, s’étendra au Cameroun, en Côte d’Ivoire et en Guinée. Alors qu’au Congo belge, la prospérité agricole, encouragée par les grandes sociétés coloniales, soutient la multiplication des plantations congolaises qui vont connaître un développement significatif entre 1928-1929. Cette croissance de la production caféière imprime sa marque sur les cours du robusta qui s’envole sur les marchés mondiaux, et sur le marché d’Anvers, au cours des années 1920, profitant à l’économie agricole du Congo belge.

Au Kivu dans l’Ituri, des Congolais de souche ont été dans les premiers à commencer la culture de l’arabica. Le travail de sélection effectué alors par les agronomes belges a permis d’augmenter la productivité qui passe de 250 kg à une tonne de café par hectare en un peu plus de 25 ans, accélérant la diffusion de la culture du Robusta. Le Congo belge figurera en 1960 au palmarès des treize premiers exportateurs mondiaux de café. Il attendra la sixième place mondiale en 1953, avec 33 milliers de tonnes. En 1960 ce volume triplera pour atteindre 90 milliers de tonnes.

Sur les rivages du lac Kivu

La production de café en RDC est centrée sur la province du lac Kivu. On compte environ 11 000 producteurs de café dans les pays qui produisent les deux principales variétés de café; le Robusta et l’Arabica. En 1934, la production caféière sera multipliée par vingt pour atteindre 12 000 tonnes. De nombreuses variétés de café sont cultivées en RDC, mais les deux principales espèces sont Robusta, qui est cultivé principalement dans le nord-est du pays comme à Isiro dans le Haut-Uele, et dans les basses terres du Kivu, du Kasaï et du Bas-Congo. Le café le plus léger des variétés de l’Arabica est cultivé à des altitudes plus élevées dans les provinces du Kivu et de l’Ituri. Depuis 4 ans, les autorités parlent de relance de la filière café. Mais les progrès sont difficiles à évaluer.

La République démocratique du Congo produit 20 % d’arabica pour 80 % de robusta. Si son café est l’un des plus réputés, c’est en grande partie grâce à la qualité de son arabica cultivé dans le Sud-Kivu. Son relief montagneux, ses conditions éco-climatiques favorables offrent à la RDC des conditions optimales pour son café. L’Arabica représente un cinquième de la production totale de café. Aujourd’hui, le café représente moins de 1 % du PIB en RDC. La très bonne qualité des sols et les réserves de terres cultivables parmi les plus importantes du monde donnent à la RDC un énorme potentiel pour redevenir un acteur majeur de la filière mondiale du café.

Un savoir-faire local

Il n’y avait plus de 11 000 producteurs de café de la RDC en 2013. Les associations coopératives , telles que Furaha, Muungano, et Sopacdi sont des partenaires précieux pour les producteurs de café dans la vente et la distribution. En 2003, la coopérative SOPACDI (Solidarité pour la Promotion des Actions Café et Développement Intégral) est fondée à Minova pour venir en appui aux producteurs. Elle achète les récoltes de ses 3000 membres pour les revendre au meilleur prix. Cet argent est investi dans des projets de développement. En 2009, une seconde coopérative, la Muungano, voit le jour. D’autres initiatives, comme le programme de l’U.S.A.I.D. (Agence américaine pour le développement international), soutiennent les petits producteurs.

Un label de qualité

En Europe, comme en France, le café est la 2e boisson la plus consommée quotidiennement après l’eau. Sa culture fait vivre 100 millions d’individus, essentiellement dans les pays tropicaux : en Amérique du Sud, Afrique subsaharienne et Asie du Sud-est. C’est en RDC, au Kivu, que se cultive l’ « or brun » le plus savoureux des cafés d’Afrique. Loin de toute mécanisation, la récolte qui s’effectue à la main est un gage de « bio ». Des marques de prestige comme Starbuck, ou encore Nespresso qui ne s’y sont pas trompées y envoient leur Gringo pour sélectionner les meilleurs crus qui seront distribués dans le monde.

En mai 2017, la SOPACDI a remporté un record du monde SPP (www.spp.org) pour être le meilleur café savoureux de l’année. C’est la deuxième fois que la société gagne ce prix, la précédente était en 2014.

La saveur du café congolais

Il existe plusieurs variétés d’arabica : Blue Mountain, Local Bronze, Rumangabo, Kabare, Maragogype, Bourbon, Jackson 2, Caturra, Typica, Amarela, Mibilizi, Mysore. Dans la Province orientale, on cultive plusieurs variétés Robusta (L-36, L48, L93, L147, L215, L251), et du « Petit Kwilu » (La93, La158, S9, S19, S23). Ses graines sont plus petites, son goût plus doux et moins amer que les robustas traditionnels. Au niveau du goût, l’Arabica de RDC est bien corsé, fruité et développe une acidité moyenne.
L’arôme du Robusta est souvent décrit comme gras et terreux. Comme il contient beaucoup de caféine, il est souvent combiné avec des grains moins forts dans les mélanges. Le robusta délivre des notes chocolatées et de noix. À l’inverse d’autres terroirs, le robusta du Congo ne donne pas la sensation « brûlée ». Il laisse une impression générale harmonieuse et arrondie.

La dégustation

L’arabica congolais se déguste à n’importe quel moment de la journée. Il est idéal au moment pour une pause-café où vous allez pouvoir apprécier toutes les saveurs du café congolais. Ce café dont le corps est puissant assume une belle complexité aromatique.
Équilibre et douceur, c’est un savant équilibre où se reflète le charme puissant du Kivu, ses terres volcaniques qui prennent leurs racines dans les eaux du lac. Nous vous recommandons d’acheter votre café en grains, les arômes sont mieux conservés comme cela qu’avec du café moulu. Aujourd’hui il existe un choix multiple, Kawa Kivu un label local produit au Kivu, des marques internationales comme Ethiquable, Nespresso, Malongo, Hop Café, Café Michel, Vert-tiges, Eric Arabica. Boire du café made in Congo évoque un récit de voyage. La passion et le courage des producteurs à continuer en dépit de l’environnement chaotique de l’est du pays, la beauté somptueuse de la région des Grands Lacs incarnée par ces paysages et son histoire.

Texte Hamaji Magazine – Photos @CTrautes – @PhotoAfricaInside pour Hamaji Magazine