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La rédaction de Hamaji Magazine a choisi cette semaine de vous inviter au voyage en partageant avec vous « La force tranquille de l’infiniment petit », une chronique de l’écrivain franco-guinéen Tierno Monemembo parue le 21 avril dans le magazine français Le Point. Nous avions eu le grand honneur d’accueillir dans le numéro 23 de Hamaji Magazine une lettre nomade « Mon Congo à moi », signée de l’écrivain que nous avions interviewé lors de son passage à Lubumbashi, en terre Congolaise en 2019.

Grand Prix de la francophonie 2017, l’écrivain franco-guinéen Tierno Monenembo est né le 21 juillet 1947 à Porédaka, Fouta-Djallon, en Guinée. En 1969, il fuit la dictature d’Ahmed Sékou Touré et se rend au Sénégal voisin. Il part pour la France en 1973 et obtient un doctorat en biochimie à l’Université de Lyon. Tout au long de sa carrière il recevra de nombreux prix.  En 2017, il reçoit enfin la plus haute distinction de l’Académie française : le Grand Prix de la francophonie. Ses romans traitent souvent de l’impuissance des intellectuels en Afrique et des difficultés de la vie des Africains en France. Son dernier livre “Le Bled” a été publié en 2016 chez Seuil.

« La force tranquille de l’infiniment petit »

Le Covid-19 aura révélé l’extrême fragilité de la gent humaine et la nécessité pour elle de mieux organiser sa cohabitation avec la nature. Par Tierno Monénembo*

L’homme a été créé à l’image de Dieu. Soit. Et le virus ? À l’image du Néant, serait-on tenté de dire : il n’existe pas ou presque. Et même s’il existe, nous ne le voyons pas. Et serait-il visible, nous n’y aurions pas prêté attention. Les oiseaux de Hitchcock non plus, personne ne les avait remarqués jusqu’à ce qu’ils surgissent par milliers pour démolir à coups de bec les grilles des palais et les visages des enfants. Au fond, nous n’avons d’yeux que pour nous-mêmes. Tout le reste – roches, arbres, singes, reptiles et pachydermes –, nous le regardons de haut. Ce n’est qu’un décorum. Rien que la Nature, ce monde insensé, cette jungle qu’il nous revient de dompter.

Prendre conscience que l’espèce humaine peut s’éteindre

« Nous avons pensé que s’affranchir de la nature était un gage de notre intelligence et de notre puissance. Or, plus on s’affranchit de la nature, plus on devient vulnérable », a dit un jour Nicolas Hulot. Des bobards ! Les sages n’ont qu’à pérorer, les écologistes, à multiplier les signaux d’alarme ! Rien ne nous enlèvera de la tête que nous sommes le centre de la vie, la raison d’être de ce monde. Cette jolie petite planète est notre bien personnel. Nous avons le droit d’en faire ce que nous voulons. Et pourtant, nous ne sommes sur terre que depuis 100 000 ans, 5 secondes à peine à l’échelle géologique ! Des milliers d’espèces vivantes ont disparu avant le premier Homo sapiens et des milliers d’autres survivront au dernier. La vie a existé avant nous, elle existera après nous. Nous ne sommes pas la vie, nous n’en sommes qu’un dérisoire segment, eût-on inventé la machine à vapeur et le football. Est-ce donc si difficile de le comprendre et de le faire comprendre à nos petits ?

Le Covid-19 nous a révélé notre extrême fragilité

Comme Yersinia pestis naguère, comme le HIV au début des années 1980, Coronavirus vient nous rappeler que nous ne sommes pas les plus forts. Notre humaine condition est encore une fois mise à rude épreuve. Les flottes, les artilleries lourdes et les boucliers nucléaires ne protègent pas de tout.  Voilà qu’un misérable petit virus biologique bloque à lui tout seul la machine économique mondiale  et confine à domicile la moitié du genre humain ! Ni l’armée Rouge ni l’armée américaine ni la Wehrmacht n’auraient réussi une telle prouesse.

Mais Général Coronavirus n’a pas fait que ça, nous révéler notre extrême fragilité : que l’on soit Noir, Blanc, Rouge ou Jaune ; que l’on soit locataire d’un bouge de Kinshasa ou du palais de Buckingham. Il a aussi jeté une lumière crue sur les méfaits de notre mode de vie sur l’environnement. La qualité de l’eau et de l’air s’est nettement améliorée depuis qu’il nous a imposé le grand confinement. Les eaux des canaux de Venise sont devenues limpides, ce qui a favorisé le retour des poissons et des autres animaux marins. Il paraît qu’on a vu un dauphin barboter dans un port de Sardaigne et des sangliers « casser la noisette » sur les ramblas de Barcelone.

Avec le Covid-19, la nature reprend ses droits

En si peu de temps, la nature a repris ses droits. Cela me rappelle un article scientifique que j’ai lu il y a deux ou trois ans : trois cents ans après la disparition de l’homme, il ne resterait debout que deux de ses œuvres : la muraille de Chine et la pyramide de Gizeh. New York ne serait plus qu’une petite Amazonie et les Champs-Élysées, ma foi, la grande bauge des laies et des marcassins.

Ô, la belle et grandiose œuvre humaine !

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Face à la pandémie du coronavirus, je vous encourage à adopter une attitude prudente. Prenez soin de vous en vous lavant consciencieusement et régulièrement les mains, ne vous touchez pas le visage. Prenez soin de vous et de vos proches. Prenez soin de vous.
Tous ensemble, nous pouvons vaincre le coronavirus. #Ensemble  #JeResteChezMoi

L’Editeur
Marie-Aude Delafoy