Le centre culturel allemand à Kinshasa, le Goethe-Institut, réalise avec des cinéastes et stylistes congolaises et allemands une série Web entre Kinshasa, Guangzhou et Berlin qui détourne les clichés culturels en emportant le public pour un tour de montagnes russes à travers le vrai et le faux, le piratage et l’appropriation.

Au commencement était la mode!

On connaissait « An African City » de la réalisatrice ghanéenne Nicole Amarteifo et la superbe production angolaise Windeck, deux séries made in Africa qui magnifient le glamour et la mode. Kinshasa Collection (KC) c’est aussi une affaire de mode, de glamour et d’internet, mais pas que ! Ici, la différence se situe essentiellement autour d’un dispositif qui s’articule à la fois autour de la fiction et du documentaire. Kinshasa Collection c’est un projet ambitieux à cheval sur trois continents – l’Afrique, l’Asie et l’Europe – qui réunit différentes disciplines : stylisme, modélisme, cinéma, musique, sapologie … Le projet est sous-tendu par une forme d’engagement assumé fortement  ressenti dans le traitement des thématiques abordées.

À la base, comme l’expliquent les initiateurs du projet, il y a une envie incommensurable de raconter Kinshasa dans ce que la capitale congolaise a de plus beau à offrir. Exist les clichés des enfants aux ventres bedonnants, des rues noyées sous les immondices, des récits de misère et de désolation … La Web série veut mettre en exergue les nouveaux talents de Kinshasa et braquer ses projecteurs sur l’univers des fashionistas kinois. 

Lumière, action … défilée

Cédric Nzolo rebaptisé « demi dieu » par l’équipe de Kinshasa Collection a conçu le logo de la web série. Pour ce jeune enseignant à l’Institut des Arts et Métiers de Kinshasa (l’ISAM), il est grand temps que les créateurs congolais puissent proposer autre chose, des choses plus originales. Pendant le lancement de Kinshasa Collection à Berlin ce 11 août dernier à la prestigieuse Haus der Kulturen der Welt, il observe, s’émerveille et reste fasciné par le rendu de son travail et celui des stylistes congolais comme Lydie Okosa, Djo Shongo et Daniel Mbueza. Il raconte comment il a été subjugué par le travail de la réalisatrice allemande Dorothee Wenner qui a réalisé les six épisodes de la web série. « Quand Dorothée est arrivée à Kinshasa pour nous parler la première fois du projet, j’avoue que j’étais à mille lieues de m’imaginer que j’allais jouer mon propre rôle dans la série. Cela m’a rendu la tâche plus facile, je ne devais pas jouer le rôle de quelqu’un d’autre, j’étais moi-même« . 

Des vêtements, un art, une philosophie

Les stylistes qui sont ces anciens étudiants de l’Isam, ont accepté de montrer leur travail tout en invitant à un réel voyage initiatique dans leurs univers professionnels. « Lydie Okosa propose des vêtements originaux qui incitent aussi à la réflexion » explique Dorothee Wenner. »En regardant sa collection on voit que ses créations racontent une histoire » explique la réalisatrice. Avant de poursuivre « En allant chez Lydie nous avons croisés beaucoup de ballons de vêtements de seconde main. Ces vêtements viennent d’Europe, mais à Kinshasa, ils peuvent renaître et être customisés avec du pagne. C’est dans cet environnement que Lydie crée et cela donne naissance à des collections spéciales comme celle de KC« . Ce travail qui prône intrinsèquement l’art de la récupération a fait l’objet du second passage du défilé berlinois.

Au-delà des coupes, la revendication identitaire

Le public berlinois a également été invité à voyager dans l’univers du « Kizobazoba« . Essentiellement fait en patchwork, le kizobazoba en lingala ou Changa Changa en swahili renvoie à l’idée du mélange. « Pour nous il était très important de donner de la place à la création congolaise, chose que nous faisons déjà à travers notre institution« , souligne Gitte Zschoch, la directrice du Goethe-Institut de Kinshasa, coproductrice de la web série. C’est ce respect, cette considération et cette reconnaissance qui ont poussé l’artiste Wilfried Luzele plus connu sous le nom de LovaLova à rejoindre l’aventure Kinshasa Collection.

Pour cet artiste musicien et sapeur, qui a conçu le thème musical de la série, il était important  de parler positivement de la mode à Kinshasa. « À Kinshasa, la mode a de l’importance, tout le monde veut être chic » confie l’artiste qui avoue avoir pour modèle papa Wemba, Stervos Niarcos ou encore Mbuta Mashwa des grands noms de la sape et de la musique congolaise. « Souvent quand on parle de la sape, les gens pensent tout de suite à des vêtements hyper colorés et des tenues extravagantes. Il ne faut pas oublier que la sape c’était aussi une manière de revendiquer son identité  » analyse Dorothée Werner.  

Kinshasa Collection c’est donc tout cela raconté en images sur internet à travers six épisodes tournés entre Berlin, Kinshasa et Guangzhou en Chine. S’ils n’ont pas pu développer toutes les thématiques de la mode kinoise, ils ont réussi à réunir des artistes pluridisciplinaires  et amorcer la discussion sur les vêtements, la production textile et l’identité.

Kinshasa Collection est un projet de pong film Berlin et du Goethe-Institut Kinshasa. Il est soutenu par le Fonds TURN de la Fondation Culturelle de la République Fédérale d’Allemagne, par le Medienboard Berlin-Brandenbourg et par la Maison des Cultures du Monde à Berlin.

Photos BERLIN :

Crédit : Anne Schönarting / Ostkreuz pour Goethe-Institut