Il en va des mots comme des chansons d’amour qui reviennent par surprise au détour d’une voix, d’un souvenir, d’une émotion. « J’ai pris
la main d’un éphémère … » dansait dans ma mémoire. Sans que je sache qui de Montand ou Ferré, avait semé ce trouble de l’étrangère en moi.
Adolescents nous ne comprenions pas tout à cette romance des années folles, ni même à ce poème que l’on disait « roman inachevé » mais pressentions ce mystère de « l’éternelle poésie » qu’Aragon dilapidait sans crier gare.

Une seule et unique voyelle, quatre fois invoquée, entre la fièvre, le murmure, la foudre, l’imaginaire, l’insaisissable, l’à-venir, l’immense, le maternel, le fugace, la soif, l’énigme, le précaire, l’effervescence, le friable, l’envol, l’impermanence…
Plus vaste que l’antique « Carpe Diem » et plus vital aussi. L’éphémère n’est pas qu’un adjectif de peu d’espoir. C’est un surcroît d’urgence, de chance et de vérité. Une prise de conscience toute personnelle et cependant universelle, comme un quatrain d’Omar Khayyam, un haïku d’hiver, un coquelicot soudain, une falaise à soi, un solstice d’été, un arbre déraciné ou la vingtaine de numéros d’une revue de poètes dusiècle dernier.

Il est temps de sonder à nouveau L’éphémère. De ne pas attendre à demain. De questionner ici et maintenant la part la plus fragile, la plus
secrète, la plus inouïe de nos existences.