Royaume du Bantè, la légende XIVe siècle.

Les autorités du Village de Bantè envoient des émissaires à l’Est, sur les rives du Niger inférieur, à la recherche des Yorubas. Redoutables chasseurs, la réputation de ces derniers dépasse de loin les frontières de l’actuel Nigéria. Bantè est alors en proie aux ravages d’un couple d’aigles, s’en prenant aux nouveaux – nés qu’ils enlèvent et dévorent. C’est un chasseur Nagô, sous-groupe de l’ethnie Yoruba, qui en délivre les villageois. Les aigles sont tués, tâche dont un seul chasseur exceptionnel pouvait s’acquitter. Le héros de Bantè, Obiti, est originaire de Kobagbe, un village de la région de la Cité sacrée d’Ilé-Ifè, berceau de l’humanité selon la légende Yoruba. En remerciement, le Village de Bantè s’offre à lui, désormais  Roi protecteur, qui s’y installe en compagnie de sa famille. C’est ainsi que naquît, selon la tradition orale, la dynastie Nagô de la Forêt sacrée.

Chasseur Nagô du Royaume Bante

Le royaume a survécu aux aléas de l’histoire, bien qu’il semble avoir été interrompu à plusieurs reprises. Il est aujourd’hui administré par son dixième Roi Ade-Fouiloutou Laourou. Par son isolement géographique, en plein cœur de la Forêt de Bantè, et par le microcosme culturel qu’il forme, Bantè conserve un héritage traditionnel unique, magnifiquement préservé d’influences nigérianes, burkinabées, nigériennes ou maliennes.

Les Chasseurs Nagô du Royaume de Bantè forment une confrérie de chasseurs placées sous l’autorité du Roi traditionnel, Ade-Fouiloutou Laourou. Le royaume se compose de vingt-sept villages, chaque communauté comptant un Chef Chasseur. Au-delà d’une activité à des fins purement alimentaires, la chasse revêt un caractère solennel.

Les Chasseurs Nagô du Royaume de Bantè forment une confrérie de chasseurs placées sous l’autorité du Roi traditionnel, Ade-Fouiloutou Laourou.

La chasse

La chasse débute par des louanges et est rythmée par des chants. Les louanges, marques de respect précèdent l’acte de chasse. Elles sont autant spirituelles qu’adressées aux animaux eux-mêmes, avec lesquels les Chefs Chasseurs affirment communiquer. Outre leurs fusils, ces derniers arborent un talisman et des habits voyants, tenue d’apparat réservée à la seule activité de chasse. Le talisman confère aux Chasseurs une invisibilité, d’où l’absence de camouflage.

Les plantes

Au dépend de la chasse au grand gibier, aujourd’hui abandonnée, les Chasseurs se sont mués en acteurs essentiels de la préservation de leur environnement, par la défense de la Forêt de Bantè d’une part, par la protection de leur patrimoine culturel d’autre part. Dépositaires de la tradition riche et intimement liées à la forêt, les Chasseurs Nagô conservent notamment une connaissance exceptionnelle de traitements à base de plantes médicinales. L’age des Chefs Chasseurs actuels varie, selon leurs dires, de 51 ans pour le plus âgé, une longévité qu’ils atribuent à leurs connaissances médicinales.

Chasseur Nagô du Royaume du Bantè

Le Vodoun 

La communauté Nagô de Bantè pratique le Vodoun. Ogou, divinité du fer, y tient une place majeure. L’importance attachée à celui-ci repose sur la tradition de chasse de Bantè, en référence à la nature matérielle des armes et munitions utilisées. Le Vodoun est à vrai dire omniprésent et ordonne la vie de la communauté. A la mort d’un Chef Chasseur par exemple, le Bogonon, ce qu’on pourrait nommer un « devin » consulte le Fâ afin de lui désigner un successeur. C’est donc l’art divinatoire qui désigne et confère à un Chef Chasseur la puissance de son prédécesseur, non le Roi ou quelque autre autorité administrative.

Chasseur de la dynastie Nagô de la Forêt sacrée

Textes et photos de Jean-Dominique Burton

Sources : Fondation George Arthur Forrest – Livre Chasseurs Nagô du Royaume de Bantè – Editions Fondation Zinsou, partenariat Fondation George Arthur Forrest